Est-ce
qu'il est grave de ne pas aimer lire ?
Du
moment que l'on sait ce que la lecture peut apporter, ne pas se
plonger dans un roman n'est peut-être pas toujours problématique...
Ils
sont 9%. 9% de la population française à ne pas avoir ouvert un
bouquin en 2016. D’après cette étude réalisée en 2017 pour le
Centre nationale du livre (CNL), les non-lecteurs sont une petite
minorité des français. D’ailleurs la lecture est aujourd’hui
érigée au rang des pratiques culturelles les plus reconnues, et ne
pas lire est souvent associé à un manque de culture. Mais dans le
cas où ne pas lire est un choix, est-ce que c’est si grave que
cela ?
«
Le dernier bouquin que j’ai lu, ça devait être il y a cinq ans ».
Si vous entendiez cette phrase, prononcée par Jérémy, 25 ans,
qu’est-ce que vous en penseriez ? Vous vous diriez peut-être, avec
une légère condescendance qu’il aurait bien des choses à
apprendre des livres, que c’est dommage pour lui. Vous n’auriez
pas tort d’ailleurs. Une étude de 2009 de l’université d’Emory
aux Etats-Unis, a par exemple prouvé que la lecture renforçait la
connectivité entre les neurones dans certaines zones du cerveau. Une
autre pour ne citer que ces deux là, faite cette fois-ci en 2013 par
des chercheurs néerlandais, démontre que les lecteurs de fiction
avaient plus d’empathie que les non lecteurs.
«
Les raisons de lire sont multiples », résume Laurent Piolatto,
délégué général de l’association Lire et faire lire, qui
cherche à faire goûter à la lecture à des publics de jeunes âgés
de 0 à 12 ans. Selon lui, elle permet aussi de « développer
l’imaginaire » ou encore de « construire les connaissances ».
Difficile dans ces conditions de soutenir le point de vue des non
lecteurs.
Le
risque d’imposer la lecture
Pourtant
Jérémy ne rougit pas devant son manque d’intérêt pour la
lecture. « Je n’en parle pas spontanément, mais si on aborde le
sujet je l’assume. Ce n’est pas une tare mais un choix personnel.
Certains n’aiment pas le foot ou le ciné, moi c’est la lecture.
Ca ne m’a pas empêché de faire mes études ».
Ses
études justement, il les a faites à Science-Po Lyon. Et c’est
même là qu’il a perdu le goût de la lecture. « On avait
beaucoup plus d’ouvrages théorique. Ca m’a dégoûté »,
déclare-t-il.
A
en croire l’anthropologue au CNRS Michèle Petit, auteure de
l’Eloge de la lecture, il est fréquent « qu’on ne soit pas
lecteur parce qu’on a l’impression qu’on voulait vous faire
rentrer de force dedans.
Savoir
ce que la lecture peut offrir
Car
pour la chercheuse, là se trouve bien le vrai danger. « La plupart
du temps, il me semble qu’on est non lecteur parce qu’on a
l’impression que les livres nous ont exclus, déclare-t-elle. Dans
ce cas là, il est grave de ne pas avoir eu la chance de ne pas
rencontrer quelqu’un qui fasse sentir que les livres étaient
désirables et qu’on avait le droit de se les approprier. » Ce cas
de figure semble toucher majoritairement les garçons. « Les femmes
lisent plus que les hommes depuis les années 1950-1960, sans doute
parce que c’est un loisir d’intérieur. On peut s’évader tout
en restant chez soi.
Lutter
contre ces conceptions est précisément ce que cherche à faire
l’association Lire et faire lire. « Le pari que nous faisons c’est
que les enfants finissent par se dire que grâce au livre ils vont
pouvoir accéder à des histoires. On cherche à montrer les
bénéfices de la lecture ».
Alors
est-ce si grave que cela de ne pas aimer lire ? La chercheuse Chantal
Horellou-Lafarge répond avec un certain franc parler. « Quand on
voit les livres qui sortent, ne pas les lire n’est pas dramatique.
Ne pas avoir lu Marc Lévy ? On peut survivre », déclare-t-elle
acerbe. Et pour Victor Hugo ou Sartre ? « C’est dommage, mais ce
n’est pas grave. Est-ce que c’est grave de ne pas aimer la
musique classique ? »
D'après www-20minutes.fr